Nas parle de la création d’If I Ruled The World

23 Déc , 2016  

Accompagné par Poke et Tone qui forment le duo de producteurs Trackmasters et de Steve Stoute, Nas raconte l’élaboration de son plus grand hit If I Ruled The World.

 

Poke: La première chanson qu’on a fait écouter à Nas était If I Ruled The World.

 

Tone: On n’avait pas de chanteur dessus au début. On la lui a fait écouter et je ne pense pas qu’il aimait au début.

 

Poke: Il était clairement réfractaire. Le truc avec Nas c’est qu’il est pure Hip-Hop. On essayait de le faire passer à travers d’autres styles pour tenter d’élargir sa fanbase sur le marché. Il se faisait critiquer parce que tout le monde disait qu’on essayait de l’édulcorer. Donc lorsqu’on lui a fait écouter le son, il était genre: ‘Je ne sais pas’.

La stratégie était devenue de lui donner des sons plus hards au début afin qu’on puisse l’amener à faire des sons radios par la suite. On a aussi fait en sorte que sur les sons plus hards, les refrains soient assez chantés pour qu’ils puissent atteindre le mainstream. C’était la stratégie.

C’était un peu le système de le faire manger à la cuillère pour qu’il soit assez à l’aise avec la stratégie de le faire passer à la radio. Après trois ou quatre chansons, il disait: ‘On y est maintenant, travaillons sur ça.’

 

Tone: Mais on était encore en train de chercher quelqu’un pour chanter ‘If I Ruled The World’. On devait trouver la personne qui avait une crédibilité Hip-Hop. Est-ce qu’on a un chanteur pop? Non, ça ne va pas marcher. On devait trouver quelqu’un d’adapté au Hip-Hop.

 

Nas: Etant un fan de Krush Groove, Kurtis Blow était mon rappeur préféré lorsque j’étais enfant. Il a chanté If I Ruled The World et je me disais que c’était un refrain énorme. Le film est connu pour la partie avec Run-DMC et on ne parle pas trop de la partie avec Kurtis Blow parce qu’il sonnait r&b. Je n’aimais pas nécessairement l’r&b à l’époque, mais lorsque j’ai vu Krush Groove j’ai kiffé ce qu’il chantait et ce qu’il rappait.

 

Poke: Le son a un sample Whodini et ensuite on a juste prit le refrain If I Ruled The World de Kurtis Blow. Nas a eu l’idée du titre If I Ruled The World et c’est là qu’on s’est dit que ça devrait être le refrain.

 

Tone: La seule autre personne qui aurait pu chanter ça était R Kelly mais à l’époque on n’avait pas encore commencé à travailler avec lui. Et le son Killing Me Softly venait de sortir.

 

Nas: Les Fugees étaient sur le même label que moi et étaient des amis qui faisaient mes premières parties au début. Lorsqu’ils ont sorti The Score c’est moi qui ai fait leur première partie. J’ai appelé Lauryn Hill genre: ‘Yo, tu peux rapper sur ça?’

J’étais censé être sur The Miseducation Of Lauryn Hill mais je n’ai pas réussi à faire la séance studio. C’est un de mes plus grands regrets dans la musique. Je recevais des appels pour venir rapper sur l’album et il y avait toujours quelque chose qui se passait lorsque j’avais le coup de fil. Lisa Ellis de Sony me disait toujours: ‘T’as foiré, t’étais censé être sur cet album.’

 

Steve Stoute: J’ai mixé ce son 30 fois. Je voulais être certain que tous les ad-lib de Lauryn soient bons.

 

Nas: On a travaillé sur If I Ruled The World pendant deux mois.

 

Poke: Nas a refait quelques couplets parce que ça ne fonctionnait pas avec le concept du son. Certaines lignes n’allaient pas avec certains sons qu’on faisait. Mais parfois c’était comme de la magie et tout fonctionnait.

En tant qu’artiste, tu as parfois une vue tellement focalisée que tu ne vois pas les autres aspects. Nas demandait toujours: ‘Qu’est-ce que tu penses de ceci? Qu’est ce que tu penses de cela?’ et on lui donnait notre vraie opinion genre: ‘Nah, je ne crois pas que ce couplet marchera.’ ou ‘Je ne crois pas que cette ligne marchera.’

 

Nas: B.I.G. a changé le terrain de jeu du rap d’une bonne manière. Tu ne pouvais pas te vanter d’être le boss de la ville si ton son ne résonnait qu’auprès de quelques gars de la rue. Si t’es le boss, ça veut dire que le Maire Giuliani doit danser sur tes sons.

Lorsque je passe à la radio, je dois te faire chanter les lignes ‘I’d open every cell in Attica, send ‘em to Africa’ et ‘Imagine smoking weed in the streets without cops harassing.’

Ca devrait être mainstream, ça ne devrait pas juste être dans la rue. Le monde entier devrait entendre ma voix, entendre mon point de vue dans mon langage de rue. On a mit tout ça en lumière.

 

Steve Stoute: Le son était différent de ce que tu avais entendu sur Illmatic. C’est pour ça qu’au début de la vidéo d’If I Ruled The World, Nas rap The Message et ensuite il claque des doigts et le son commence.

Même si il y avait Lauryn Hill qui chantait dessus, je ne voulais pas que les gens pensent que la seule chose que l’album représentait était le chant et des sujets du genre ‘Si je gouvernais le monde.’ Donc au début de cette vidéo, on a passé 30 secondes de Nas qui lache du lourd.

 

Nas: Lorsqu’on l’a sorti en promotion, il n’y avait pas le nom de Lauryn Hill dessus et les gens ne comprenaient pas pourquoi quelqu’un chantait dessus. Ils ne savaient pas que c’était Lauryn Hill. Lorsqu’on a sorti le son à la radio et qu’on leur a dit que c’était Lauryn, c’était genre: ‘Oh putain’.

 

Poke: L’étiquette d’artiste vendu n’a aucun sens pour moi. Genre, si tu vends plus qu’un album normal, alors t’es un artiste vendu. Mais ce n’était pas des beats d’artistes vendus. C’étaient des beats Hip-Hop. Ou des sons r&b sur lesquels un rappeur pourrait rapper dessus. C’était ça le début du Hip-Hop. C’était chanter sur des sons r&b style Good Times. Tous ces sons sont des sons sur lesquels les rappeurs rappaient lors des block parties avec les dj qui mixaient. C’était ce qu’on faisait lors des block parties.

On a prit le même concept et on l’a mit sur cd, et maintenant tout d’un coup on est des vendus parce que l’album se vend beaucoup? Ca n’a aucun sens. J’aurais pensé qu’ils allaient nous remercier parce qu’on a créé le chemin pour que les rappeurs puissent vendre plus de sons qu’avant. Avant ça, pour les rappeurs c’était genre: ‘Tu vas faire Platine? Ca n’arrivera pas’.

 

Nas: J’ai remis en place tous ces haters sur l’album suivant avec Hate Me Now.