Extraits de l’interview super intéressante de Kendrick Lamar pour Rolling Stone

9 Août , 2017  

Je suppose que plus les textes d’un artiste sont intéressants, plus les interviews le sont aussi, en tous cas ça l’est avec cette interview que Kendrick Lamar a accordée au magazine Rolling Stone et dans laquelle il traite notamment de Trump, de ce qu’est un rappeur de merde, de l’hypocrisie du Hip-Hop d’aujourd’hui par rapport au lyricisme, du ghostwriting, Beyoncé, Drake, un futur au cinéma…

 

T’as dis que tu étais un des seuls parmi tes amis qui avait un père, et à la fin de l’album tu suggères que ça a pu sauver ta vie. Comment?

« Ca m’a appris à gérer les émotions. Bien mieux que beaucoup de mes potes. Quand tu vois des gosses qui font des mauvaises choses, c’est parce qu’ils ne savent pas comment gérer leurs émotions. Quand tu as un père dans ta vie, si tu fais quelque chose il va te regarder et te dire: ‘Qu’est-ce que tu fous putain?’ Ca te remet à ta place. Il te fait te sentir tellement petit. C’était un privilège pour moi. Mes potes, leurs mères et leurs grands mères leur ont appris l’amour et l’attention, mais elles ne leur ont pas appris ça (ce que son père lui a appris). »

 

Qu’est-ce qui te fait perdre ton sang froid?

« Les gens qui sont autour de moi et qui me pompent l’énergie ou quelqu’un qui ne conduit pas de la même façon que je conduis. Je ne peux pas avoir ça autour de moi. La vie est trop courte. »

 

Qu’est-ce qui te fait rire maintenant?

« Merde, tout me fait rire. Tout. Ce gars là bas (il montre son vidéographe)? Il a quelque chose en dessous de sa casquette qui me fait éclater de rire à chaque fois qu’il l’enlève. Je ne savais même pas que Dieu avait inventé des coiffures comme ça. C’est trop moche (rires)! Je dis toujours que les meilleurs entertainers doivent avoir le sens de l’humour le plus méchant, afin d’être capable de prendre la peine et de la changer en rire. »

 

Hormis quelques phrases, t’as été assez silencieux au sujet de Donald Trump, pourquoi?

« Ca serait de l’acharnement inutile. On sait déjà ce qu’il en est. Est-ce qu’on va continuer à en parler où est-ce qu’on va passer à l’action? Tu arrives à un moment où t’en as marre d’en parler. Ca te rajoute du poids et ça te draines de ton énergie quand tu parles sur quelque chose ou quelqu’un qui est complètement ridicule. Donc que ce soit sur ou hors de l’album, j’ai pris sur moi même de passer à l’action dans ma propre communauté. Sur l’album, j’ai choisis de ne pas parler de ce qu’il se passe dans le monde ou des endroits dans lesquels ils nous mettent. Je parle de soi, le reflet de soi en premier. C’est à partir de là que le changement initial commencera. »

 

Qu’est ce qui pour toi, définit un artiste de merde?

« J’adore cette question. Comment définirais-je un artiste merdique? Un artiste merdique utilise la musique des autres pour s’accepter. On parle de quelqu’un qui a peur de parler de sa propre voix, qui chasse le succès de quelqu’un d’autre mais qui fuit ce qu’il est. C’est ça qui dilue le rap game. Tout le monde ne sera pas capable d’être Kendrick Lamar. Je ne te dis pas de rapper comme moi. Sois toi même. C’est aussi simple que ça. Je regarde beaucoup de bons artistes qui font ça parce que t’es tellement concentré sur les ventes que ce gars a fait, et ça gache ta propre créativité. Ce qui au final, gache ce qu’écoute l’auditeur, parce qu’en fin de compte, ce n’est pas pour nous, c’est pour la personne qui conduit vers son travail et qui n’a pas envie d’aller travailler ce matin là. »

 

Est-ce que c’est OK pour un rappeur d’avoir un ghostwriter? Tu as toi même écrit pour Dr Dre.

« Ca dépends dans quelle catégorie tu te mets. Je me surnomme moi même le meilleur rappeur. Je ne peux pas me surnommer le meilleur rappeur si j’ai un ghostwriter. Si tu dis que tu es un différent genre d’artiste et que tu t’en fous d’être le meilleur rappeur, alors ainsi soit-il. Fais de la bonne musique. Mais le titre, ce ne sera pas pour toi. »

 

Si on apprenait que t’avais un ghostwriter, les gens voudraient vraiment rencontrer ce gars.

« (rires) T’as raison. »

 

Quelle est ta chanson préférée de Drake?

« Ma chanson préférée de Drake. J’en ai beaucoup, je ne sais pas en citer une, il en a plein. »

 

Qu’est ce que t’as appris en travaillant avec Beyoncé sur Lemonade?

« Comment être si spéciale avec ta musique. C’est une perfectionniste. Regarde sa performance sur BET. Elle était très spéciale, l’éclairage, la caméra bloquant, la transition de la musique à la danse. C’était la confirmation de quelqu’un que je connaissais déjà. »

 

Comment Bono est arrivé sur XXX?

« On avait un autre son qu’on était censé faire ensemble. Il me l’a envoyé, j’ai posé quelques idées dessus, et on ne savait pas ce que ça allait devenir. J’avais un album qui allait sortir, donc je lui ai juste demandé genre: ‘Yo, est-ce que tu me ferais cet honneur de me laisser utiliser ce son, utiliser cette idée parce que j’entend un certain genre de 808 dessus.’ Et il était d’accord. »

 

Tes vidéos deviennent de plus en plus ambitieuses, est-ce que t’as déjà eu des propositions pour jouer dans des films?

« Ouais, clairement. Mais je devrais m’y mettre à 110.00% dedans. C’est un talent que les gens perfectionnent avec les années de répétition. Je vais attendre jusqu’à ce que je sois capable de prendre des vacances et d’étudier le travail à faire. Et pour le moment, je me glisserais plus du coté de la réalisation. »

 

Beaucoup de personnes pensent que la virtuosité lyricale n’est plus aussi bien évaluée dans le Hip-Hop qu’elle ne l’était avant, tu es d’accord?

« J’ai fait ma marque à un bon moment dans le temps mec, 2011 et 2012, c’était lors de cette fenêtre que les fans voulaient entendre de lyricisme. Tu pourrais faire tes débuts dans le rap game aujourd’hui avec le lyricisme, mais ça ne pourrait pas être aussi bien respecté, parce que les temps ont changé si dramatiquement. »

 

Tu suggères aussi que les critiques n’évaluent pas le lyricisme autant qu’ils clament le faire.

« Tu sais, il y a beaucoup d’aspect hypocrites dans le Hip-Hop, quand tu parles de lyrics. Il y a un millier de rappeurs qui peuvent t’envoyer des bars. Mais le DJ local ne va pas passer ça, peu importe de quelle époque classique de l’age d’or il vient, parce qu’il doit aussi se faire du fric au bout du compte. C’est juste la vérité du problème. »

 

Quand tu vois une marée de blancs qui rappent les paroles de Blacker The Berry, t’en penses quoi?

« Avec mes auditeurs, je sais qu’ils entendent ce que je dis, et je m’adresse à une culture entière de gens. Donc pour les gosses de banlieue qui ne savent pas comment on a grandit, ou l’histoire de mon peuple, le fait qu’ils écoutent ces paroles, ils peuvent comprendre. C’est presque comme une leçon d’histoire qu’on ne leur a pas apprise à l’école. »

 

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