[100 Chansons] (036) Tonedeff – The Distance

5 Août , 2012  

Quand je vous avais parlé de Children, j’avais mentionné le don perfectionniste de Tonedeff de convertir d’excellentes chansons en chefs d’œuvres grace à des rajouts d’effets, d’intro, outro, bridge etc… The Distance en est encore un exemple parfait même si ici il n’y a pourtant que deux couplets.

Dans cette chanson à l’ambiance glaciale, Tonedeff parle de lui-même à la troisième personne et évoque une période de sa vie où il courait après ses ambitions avec les bas qui vont avec. Il a du faire face à des problèmes financiers, il s’est renfermé sur lui-même et a perdu des amis, s’est éloigné de ses parents qui n’étaient pas la pour lui quand il était enfant, il doit gérer le désir de sa femme d’avoir un enfant alors que lui ne semble pas prêt à cause de ses ambitions etc… On voit qu’il ressentait une pression par rapport à tout ce que ses ambitions pouvaient lui apporter et le travail qu’il devait encore réaliser pour les atteindre. D’ailleurs on se rends compte à la fin de la chanson que cette période n’est toujours pas terminée. 

C’est impressionnant car Tonedeff relate tout (je lui souhaite) ou en tout cas une grande partie des problèmes en deux couplets, et parfois en une ou deux phrases pour chacun d’entre eux, utilisant des métaphores, mettant tellement de poids, de puissance et de signification à chaque mot ou groupe de mots, et c’est un régal à chaque ligne.

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He kept running and running and running and never looked back
He never realised how far he came

And it didn’t matter that the latter part hadn’t bothered him
Rather all the sadness that followed him, as if it was a ball and chain

Il continuait à courir et courir et courir sans jamais regarder en arrière

Il n’a jamais réalisé jusqu’où il est arrivé

Et ce n’était pas grave que cette dernière partie ne l’ait pas ennuyé

Plutôt ca que toute la tristesse qui le suivait, comme si c’était un boulet et une chaine

 

It was all part of the game, what started as a play to get ends
Had left him with the breadth of debt and less friends
And yet he never questioned where the quest went

Ca faisait partie du jeu, ce qui a commencé comme un jeu pour joindre les deux bouts

L’a laissé avec une large dette et moins d’amis

Et même la il ne s’est jamais demandé si tout ça valait le coup

 

And when dissenters didn’t deem him special
He did his best to impress them and this led to regrets then

Et quand les dissidents ne l’estimaient pas spécial

Il a fait de son mieux pour les impressionner, ce qu’il l’a mené par la suite à des regrets

 

And distress he only expressed through a sent text
Addressed to anyone he hadn’t met yet

Et sa détresse il l’a seulement exprimé à travers un texte envoyé

Adressé à n’importe qui qu’il n’avait pas encore rencontré

 

The tires peeled on desire’s wheels

Les pneus se sont écorchés sur les roues du désire

 

His life, he reckoned at last, was a staged pun,
Where the fantasy masked where the grave was dug.
A double life revamped,
And the other side bites till it tastes blood.

Au moins il a reconnu que sa vie était un jeu de mot mis en scène

Où la fantaisie masquait l’endroit où le cercueil était creusé

Une double vie réorganisée pendant que l’autre coté mords jusqu’au sang

 

Incessantly trying to shine through the bars like a caged sun

Essayant sans cesse de briller au travers des barreaux comme un soleil en cage

 

Where there’s nothing but strained hugs from mother and father
And a strange son because he can’t recall when he became one
Though the shame is heavy and weighs tons
He still finds a way to place blame on what they’ve done
Visits they’ve stayed away from
And perhaps it was that all along so he just carries on
And he can barely call because the talks are rarely calm

Où il n’y a rien à part des embrassades tendues du père et de la mère

Et un fils étrange parce qu’il ne peut plus se rappeler de quand il en est devenu un

Et même si la honte est lourde et pèse des tonnes

Il trouve toujours un moyen de placer la culpabilité sur ce qu’ils ont fait

Les visites ils en sont restés éloignés

Et peut-être que c’était comme ca tout le temps donc il a juste continué

Et il peut à peine les appeler parce que les discussions sont rarement calmes

 

And his patient wife waits gracefully while he breaks the dawn
Racing across the States to raise the stakes and cost to pay it off
Debating cons of procreation on the hopes to trade it off
A basic honest home relations, how’d they know it would take this long?

Et sa patiente femme attend gentiment pendant qu’il commence la journée

Courant au travers des Etats-Unis pour élever les enjeux et le prix pour les rembourser

Débattant des conséquences de la procréation avec l’espoir d’échanger

Une relation honnête et basique à la maison, comment pouvaient-ils savoir que ca prendrait tout ce temps

 

But he placed his honor in the way he crawled,
All that means is he hits the floor harder from farther up in case he falls

Mais il a placé son honneur dans la façon dont il rampait

Tout ce que ca veut dire c’est qu’il touche le sol plus fort de plus haut au cas où il tomberait

 

He’s racing towards the exit so disconnected
He felt compelled to misdirect his perspective

Il court vers la sortie tellement déconnecté

Il s’est senti obligé de mal renseigner ses perspectives

 

 

Au milieu du deuxième couplet il fait une référence à Cunninlynguists avec les albums Piece Of Strange et Dirty Acres en disant qu’ils ne gagnent pas assez. Une façon de dramatiser et de montrer son pessimisme quant à la réussite de ses projets vu que le groupe est le plus grand succès de son label QN5.

Dissecting a Piece Of the Strange run
With the Dirty southern Acres working for crumbs in some underground dank club. 

Disséquant un morceau de cet étrange parcours

Avec les sales acres du sud travaillant pour des miettes dans des clubs undergrounds

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Un autre détail remarquable c’est que tout se suit, les transitions entre les différentes phrases se font naturellement, il n’y a pas de pause, pas de fin de phrase, tout s’enchaine, comme si il devait continuer à avancer sans s’arrêter, ce qui colle parfaitement au thème de la track. Un perfectionniste je vous dis !

 

Ce qui nous amène au refrain qui résume bien la chanson : malgré qu’il continue à avancer, il se sent encore très loin.

The more that he stepped, still 
The closer he’d get, still 

Il marchait encore plus mais (je peux sentir la distance)

Il arrivera de plus en plus près mais (je peux sentir la distance)

 

L’outro de la track chanté qui rajoute de la tristesse et dramatise encore plus l’ambiance. Les effets que Tonedeff rajoute sur sa voix sont un des gros points fort de la track, d’ailleurs parfois je l’écoute juste pour l’outro.

 

So far, so far away 
So far, so far away 
So far, so far away from who I thought I’d be. 

Loin, tellement loin

Loin, tellement loin

Loin, tellement loin de la personne que je pensais que je serais

 

And I don’t wanna turn around, oh no 
To see that I’m all alone. 
Just a pillar of salt and stone. 
Just a pillar of salt and stone. 

Et je ne veux pas me retourner, oh non

Pour voir que je suis tout seul

Juste une statue de sel et de pierre

Juste une statue de sel et de pierre

 

Cette dernière phrase fait référence à une histoire biblique où une femme s’est retournée pour voir son village en train de se faire détruire et elle s’est directement transformée en statue de sel et de pierre.

La prod sombre de Kno et son rythme de pas de course avec la petite touche soulful fait ressentir tout ce dont Tonedeff parle.

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Biensur je n’allais pas terminer de parler de ce chef d’œuvre sans mentionner la soirée où je l’ai interviewé à New York pendant 1h30, qui remonte déjà à un an (à un jour près d’ailleurs, et je mettrai l’itw, j’attends juste de m’acheter un nouveau pc pour y mettre une carte spéciale pour pouvoir importer la vidéo) et pendant laquelle il m’a fait un showcase de quelques tracks en me laissant le choix de la dernière. Vu qu’il avait déjà fait Porcelain et Optimist (spoiler alert) j’ai demandé Children mais il avait pas l’instru du coup j’ai choisis The Distance. Et j’aurais vraiment regretté qu’il ait eu l’instru de Children parce que l’intro de The Distance avec les basses et le son du studio dans lequel on était m’a foutu de ces frissons, l’ambiance froide de la track avec celle de New York à 23h-minuit se mariait parfaitement bien et j’ai grave kiffé. C’était franchement énorme, d’ailleurs depuis je met un peu de basses quand je l’écoute mais j’arrive pas à reproduire le même effet.

Voila qui conclu la review de cette chanson où Tonedeff a réalisé un travail remarquable du début à la fin, il y a sans doutes plusieurs manières d’approcher ce genre de chansons mais je pense qu’on a ici la plus originale et complète, il n’y a pas vraiment un élément qui se dégage de cette chanson tant tout semble parfait, c’est tout simplement un génie. Pour l’instant c’est la track que j’ai le plus aimé décortiqué, d’où sa présence dans le Don’t Miss. 

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Artiste : Tonedeff

Titre : The Distance

Album : Strange Journey Volume One

Année : 2009

Producteur : Kno

Année de découverte : 2009

Styles : Street, triste, mélancolique, nostalgique, lyrical

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